Jeudi 21 septembre 2017 à 22:47

Suite de mon histoire d'abcès : le lendemain de mon article précédent ma joue avait encore tellement gonflé et j'avais tellement mal que j'ai dû aller aux urgences. Le médecin m'a dit qu'avoir pris des anti-inflammatoires était une mauvaise idée, ça a fait flamber l'infection. Il m'a prescrit des antibiotiques et une radio à faire. Le jeudi suivant j'ai enfin pu revoir ma dentiste et elle m'a arraché la dent cariée responsable de tout ça, moment difficile parce qu'à cause de l'abcès l'anesthésie ne fonctionnait pas tout à fait... et elle m'a represcrit une semaine d'antibio (qui me foutent la chiasse ahah). En tout cette histoire m'a fait vraiment énormément souffrir pendant une grosse semaine, ça a été dur de tenir au travail dans ces conditions, quand les vacances sont arrivées samedi dernier j'ai été vraiment soulagée !! en plus comme mastiquer me faisait trop mal l'alimentation a été un peu catastrophique, yaourt et fruits écrasés le matin, le midi au boulot souporridge et complément hypercalorique, pour une fois j'étais motivée à les prendre ahem...

En début de semaine, lundi et mardi, j'étais à la clinique pour mon hospitalisation de jour mensuelle. 42 kg, reperdu 8 kg depuis fin mars, soit la moitié de tout le poids que j'avais réussi à reprendre... et alors que je ne voyais pas ce poids reperdu ces derniers jours, là depuis que je suis retournée à la clinique et que mon psychiatre et ma diététicienne ont essayé de me "secouer", je me rends compte qu'effectivement des pantalons moulants il y a quelques mois sont devenus trop grands et c'est un peu ridicule... résultat je suis un peu en panique et au lieu de réagir intelligemment j'ai fait 2 crises depuis mardi soir... génial. -___- 

Départ en Tunisie samedi matin. Hier j'ai rencontré la personne qui va venir rendre visite à mes chats tous les jours, elle m'a inspiré confiance, un de mes chats lui a spontanément fait un câlin et l'autre ne l'a pas repoussée, donc je vais pouvoir partir rassurée ! J'arrive à lire pas mal ces derniers jours, ça fait du bien au moral. Je suis allée imprimer mes documents de voyage, j'ai eu le bonheur de revoir la Belle au Bois Dormant au cinéma, et ce matin j'ai eu un entretien avec 2 infirmières au CMP, je vais pouvoir participer de nouveau gratuitement à un groupe de sophrologie qu'elles organisent une fois par semaine à partir de novembre et ça me fait bien plaisir (j'avais déjà participé à ce groupe il y a 2 ans). 

Je suis tentée d'adopter une alimentation végétalienne surglucosée HCLF (haute en glucides faible en gras - et de préférence crue jusqu'à 16h, ou en tout cas avec un petit-déjeuner uniquement composé de fruits), ça fait des mois (années ?) que je lis des témoignages enthousiastes de personnes que cette méthode a aidé à régler leurs soucis de TCA (et plus largement leurs soucis de santé/d'humeur...). Mais comme c'est un mode d'alimentation qui sort vraiment de l'ordinaire, je sais que par exemple à la clinique ils ne comprendront pas et désapprouveront cette démarche qu'ils assimileront à de l'orthorexie, et c'est vrai que ça semble tellement "compliqué" à première vue, et la figure de proue de cette méthode (une youtubeuse, qui préside aussi un groupe facebook dédié) est passionnée et charismatique, mais aussi radicale et peut avoir un côté un peu "gourou" qui peut insupporter certains et qui peut laisser perplexe... je n'arrête pas de changer d'avis, je n'ai pas encore osé la contacter ni m'y mettre vraiment, mais je songe de plus en plus sérieusement à tester cette solution parce que je suis un peu à bout, j'en ai marre de m'affamer, de culpabiliser pour tout, et à l'inverse de subir parfois des crises de gavage dégueulasses qui surviennent sans crier gare, comme ce soir... donc cette méthode me semble un moyen de nourrir mon corps avec abondance, plaisir, efficacité, et sans culpabilité car c'est une alimentation végétale donc éthique, qui ne cautionne pas un système qui me débecte... je devrais pas avoir besoin de ça pour m'autoriser à manger je sais, j'ai l'impression de devoir m'acheter une bonne conscience par des moyens tordus, je pense qu'on pourrait écrire un pavé sur les liens qui peuvent exister entre troubles alimentaires et désirs de véganisme (voire plus largement désirs de militer, de s'engager pour des causes). 

Bref. Post fouillis mais je crois que cela serait bien que je reprenne l'habitude de poster plus souvent (et surtout d'écrire, ça je le fais déjà un peu plus dans un cahier ces derniers jours, c'est cool), pour faire le point, relâcher la pression, cesser de laisser mes idées sombres et angoissées bouillir sans sortir. 

Vendredi 8 septembre 2017 à 22:54

http://1.bp.blogspot.com/-SKBM1LmsBVY/VgOcUdkxQ1I/AAAAAAAAkdM/nuhzN_QhPqQ/s640/Caravaggio%252C-Me%25CC%2581duse%252C-1598-%252C-Huile-sur-toile-de-lin-maroufle%25CC%2581e-sur-bouclier-en-peuplier%252C-55x60cm.jpg
Ouuuuh j'ai mal !
Première chique de ma vie, un abcès probablement ? hier je suis allée chez une dentiste, une nouvelle dentiste, le premier "vrai" rdv chez une dentiste de ma vie (en 27 ans je n'étais allée que 2 fois chez des dentistes, 1 fois vers 17 ans et une deuxième fois il y a quelques mois et elles ne m'avaient rien fait du tout.) Là elle n'a pas fait grand-chose non plus, elle a inspecté mes caries simplement, et elle m'a fait un détartrage. Sur le moment je n'ai presque pas eu mal (j'avais tellement peur que j'ai pris un seresta dans la salle d'attente. mais ça va, elle a été vraiment gentille et à l'écoute, je suis rassurée d'avoir enfin une dentiste, elle a un tatouage de dent sur la nuque je trouve ça assez classe héhé). Mais depuis la nuit dernière sans que je comprenne pourquoi je douille sévère, très mal du côté de ma dent la plus cariée, ce matin je me suis réveillée avec la joue légèrement enflée et ça n'a cessé d'empirer tout au long de la journée. Essayé un nombre incalculable de fois d'appeler la dentiste, laissé un message... en vain, pas réussi à la joindre. Uushfddsyhfh.

Jamais une journée de travail ne m'a paru aussi longue, la douleur et la fatigue m'étourdissent, j'ai galéré et j'ai été leeeente aujourd'hui, d'autant plus que c'était encore assez fatigant et prise de tête puisqu'on a encore passé la journée à ranger, on a terminé aujourd'hui le réaménagement de la bibliothèque, on a passé toute la semaine à mettre des bouquins dans des cartons, déplacer les cartons, démonter, bouger, remonter les meubles, remettre les livres sur les étagères, faire du ménage, se prendre la tête pour savoir si c'est bien à tel endroit qu'il faut mettre tel truc... mal au dos, mal aux bras, mal aux cervicales, courbatures monstres, impression globale de saturation, je n'avais vraiment pas besoin d'avoir mal aux dents et l'impression d'être un demi-hamster qui s'est pris un parpaing dans la gueule par-dessus le marché... 

Mais enfin bon c'est terminé, on a fini, c'est bien mieux qu'avant, j'ai survécu à cette dure semaine sans m'écrouler, j'ai réussi à porter les trucs, je n'ai rien cassé, je me suis sentie empotée et j'ai eu souvent l'impression d'exaspérer légèrement mes collègues (surtout ma cheffe) mais ça aurait pu être pire et j'ai conservé ma dignité. Et demain matin exceptionnellement on ne travaille pas, c'est mon premier samedi de libre depuis plus de 3 mois. 


Avec la fille de meetic c'est au point mort et ça va sûrement mourir dans l'oeuf, on est restées plusieurs jours sans s'envoyer de messages et finalement c'est elle qui m'en a envoyé un, auquel j'ai misérablement répondu en gros "je suis pas en forme désolée". Et maintenant j'ai envie de continuer à faire la morte indéfiniment, avec elle et avec tout le monde, sur un autre site une meuf m'a envoyé un message mais ça me panique, j'ai pas envie de répondre ça me saoule, j'ai envie de me désinscrire de partout et de disparaître. De disparaître dans tous les sens du terme d'ailleurs. A quoi bon, puisque j'ai trop peur, que je ne sais pas ce que je veux, que j'ai l'art de toujours m'auto-saboter de toute façon.

J'ai envie de passer le week-end au cinéma, ça me manque, en espérant que je serai suffisamment en forme pour ça, que mon potentiel abcès va me laisser suffisamment tranquille pour que je parvienne à sortir de chez moi et à me concentrer ?!

Article plaintif et hystérique qui pue la tristesse et le ras-le-bol mais tant pis, j'implose depuis trop longtemps. Lundi j'ai vu ma psy n°1 mais je n'ai même pas eu le temps d'évoquer le tiers des trucs dont je voulais lui parler, et je ne vais la revoir que dans deux mois.... misère. 


(image : seconde Méduse, Le Caravage)

Mercredi 30 août 2017 à 21:43

Depuis samedi dernier je textote vaguement avec la femme de meetic dont je parle dans l'article précédent. Elle semble sympathique, mais on n'est pas très à l'aise, je ne sais qu'en penser, j'essaie de ne pas faire de conclusion hâtive ni de me torturer avec ça. 

Dimanche 27 août (!!), j'ai appris par hasard la mort de mon arrière-grand-mère. Mort survenue il y a 2 ans, mais dont nul n'avait jugé utile de m'informer : je suis en colère. Arrière-grand-mère que je n'ai jamais rencontrée, et qui emporte dans la tombe la clé d'un douloureux secret de famille qui me hante depuis des années, au point que depuis quelques mois j'envisageais de faire les démarches pour essayer de la rencontrer et de lui extirper la vérité. Trop tard. Il va falloir vivre avec ça maintenant.

Lundi soir, j'étais tellement en détresse que j'ai envoyé un mail à SOS Amitié.

Aujourd'hui, comme souvent ces derniers temps, fatigue, maux de tête, ennui, idées noires, même au travail. Cependant en rentrant j'ai réussi à m'acheter une part de cheesecake pour demain matin (sans craquer dessus ce soir !), changer la litière, sortir la poubelle, faire la vaisselle. Jeûné ce soir, comme d'habitude. 




***
J'étais une enfant rondouillarde et gourmande, viandarde, qui détestait les légumes et le sport et ne buvait que de la limonade et du jus de pomme. Je n'ai jamais fait de régime de ma vie, à part vers 14 ans et demi, une sorte de rééquilibrage alimentaire pendant quelques mois prescrit par une diététicienne vue contre mon gré, qui avait réussi à bien me complexer sur mon poids et me faire culpabiliser sur ce que je mangeais (et que j'ai vue une seule fois, sans aucun suivi après)

A 14 ans, poids le plus haut de ma vie : 56 kg (IMC autour de 23 ?)
A 15 ans : 45 kg. ("régime" de la diet + surtout début du déjeuner sauté dès l'entrée au lycée. Tout le monde était content pour moi que je ne sois plus ronde, personne ne s'est demandé comment j'en étais arrivée là, personne n'a vu que quelque chose clochait).

De 16 à 23 ans : oscillé entre 46-48 kg, au plus haut 50 kg, au plus bas exceptionnellement 43 kg vers 22 ans. (alternance entre des périodes de jeûne et de restrictions quand j'étais seule, et des périodes de lâcher-prise gourmands pendant les week-end et vacances chez mes parents)

A 24 ans, en 2014 : juin 42 kg (poids le plus bas jamais atteint alors) - septembre 48 kg

2015 : (le début de l'enfer, des grosses tensions avec mon ex, des calories comptées, de la salle de sport, des heures de marche en ville la nuit en cachette, de la valse des psychiatres et des hospitalisations)
janvier 46 kg - juin 34.5 kg (IMC à 13.5) - septembre 45 kg - décembre 35 kg

2016 :
janvier 41 kg - mai 47 kg - juillet 42 kg - septembre 34 kg 

2017 : 
janvier 47 kg - mars 49 kg - août 43 kg

(actuellement fin août : autour de 44-45 kg ?)

Vendredi 25 août 2017 à 23:08

Cette semaine je me suis inscrite sur plusieurs sites de rencontres. J'ai remis à jour mon profil sur gayvox (où j'avais rencontré mon ex), et je me suis inscrite sur happn (une appli qui fonctionne par géolocalisation, au début je trouvais ça marrant mais en fait bof bof y'a pléthore de mecs mais très peu de meufs j'ai l'impression), okcupid (marrant de répondre aux questions mais quasi personne près de chez moi), et meetic. Dans un moment de folie j'ai pris un abonnement de 6 mois à meetic (promo donc 30 euros les 6 mois donc "ça va", mais quand même...)

Je me fais flipper à faire des trucs impulsifs et chelou comme ça, entre les vacances que j'ai réservées totalement sur un coup de tête et maintenant ça... ça ne me ressemble pas. Mais je ne sais plus ce qui me ressemble, à force. Alors bon, j'essaie des trucs. Tout vaut mieux que me laisser dépérir chez moi de toute façon, je suppose. 

Ce soir j'ai chatté pendant quelques minutes avec une femme sur meetic (ça faisait 2 jours qu'on s'ajoutait à nos favoris et qu'on "flashait" l'une sur l'autre sans oser se parler, donc je me suis lancée hum) et on a échangé nos adresses mails, après ça évidemment j'ai pris peur et dit bonne soirée à bientôt. Et maintenant je ne sais pas si ce qui prédomine c'est la curiosité, l'excitation ou la peur ? 

Affaire à suivre. Mais ça ne va sûrement rien donner, ou alors un feu de paille comme souvent avec moi... bref. On garde la tête froide. A part ça j'ai recommencé à lire pas mal ces derniers jours (j'ai dévoré un livre parlant d'anorexie écrit par une jeune femme que je connais et apprécie - autant dire zéro objectivité, mais franchement elle écrit vraiment bien -, fini et bien aimé le dernier Vernon Subutex, et lu une BD pas mal qui parle d'un couple de femmes qui doit faire le deuil d'un enfant, Ecumes), et je me goinfre moins souvent, ce qui est très satisfaisant. 

Vendredi 18 août 2017 à 23:16

Hier je suis allée chez mon médecin traitant où j'ai obtenu mon renouvellement d'ordonnance et mon certificat pour la zumba. J'ai essayé de prendre rdv avec un nouveau psychiatre (en vain pour le moment, mais j'ai quand même essayé d'appeler 4 fois). J'ai choisi et réservé mes vacances pour fin septembre (j'en reparlerai sûrement plus tard, gros sujet) ! et trouvé un site qui va me permettre de trouver quelqu'un qui viendra rendre visite à mes chats tous les jours. Commandé (avec un bon mois de retard ahem) le cadeau pour l'anniversaire de mon frère. Pas mal marché. Téléchargé des podcasts. Transféré sur mon ipod et écouté le dernier album de Camille (j'aime bien). Regardé le pilote de la série You Me Her. Proposé à un pote un resto pour le lendemain, puis appelé ledit resto pour réserver. 

Vu ma peur des médecins, du téléphone, mes difficultés chroniques à m'organiser / avoir des interactions sociales / faire les trucs que je dois faire en temps et en heure / me divertir de manière pas trop abrutie (j'ai trop tendance à zoner des heures sur youtube et insta mais j'essaie de me sevrer, surtout d'insta) et ma peur des vacances et des décisions/démarches "d'adulte", eh bien on peut considérer qu'hier j'ai été incroyablement productive et efficace, je n'en reviens pas !

Pas la grande forme ni vraiment le moral à part ça, mais justement là je veux surtout retenir le positif, oui hier j'ai énormément angoissé, mais non ça n'a pas été totalement une journée de merde puisque j'ai réussi à faire tout ça....

Mercredi 16 août 2017 à 23:00

3 ans que j'ai abandonné ce blog, et pourtant là j'ai envie de revenir, même s'il n'y a plus personne qui passe par ici, ni plus personne qui se souvient de moi.

Que dire ?

Avec "Louis" (cela n'a jamais été son véritable prénom d'ailleurs), c'est fini depuis le mois de février. On est resté environ 2 ans et demi ensemble. On a vécu un peu moins d'un an ensemble, puis il a repris un appartement à lui, sans qu'on se sépare. Quand on vivait ensemble, je n'allais quasiment plus sur internet. Puis depuis 2 ans, je traîne surtout sur instagram. J'ai perdu contact avec presque tous mes amis, j'essaie de renouer des liens mais c'est difficile.

Avec mon ex on avait adopté 2 chats, que j'ai gardés avec moi et que j'aime énormément, ils m'aident beaucoup au quotidien. 

L'anorexie (et la boulimie, heureusement non vomitive) continuent de me ronger. C'est devenu assez sévère depuis 2/3 ans, plusieurs grosses rechutes qui m'ont conduite plusieurs fois à l'hôpital, et en psychiatrie, la dernière fois l'année dernière pendant 4 mois dans une clinique spécialisée à 350 km de chez moi, où je continue d'aller en consultation 2 jours par mois. Cela va moins mal mais je ne m'en sors pas vraiment, honnêtement, je suis toujours en lutte contre la rechute. A cause de tout ça j'ai été en arrêt maladie pendant 9 mois mais heureusement j'ai pu reprendre mon travail fin mai. Je fais toujours le même travail, qui me plaît. Je vois une psychologue depuis septembre 2014, et j'ai vu des tas de psychiatres mais j'ai vraiment du mal à m'entendre avec eux, ou bien ils ne restent jamais, là je suis encore en rade je suis censée m'en retrouver un nouveau dans ma ville.

Entre ma sortie de la clinique et la reprise de mon travail, j'ai eu de nouveau les cheveux turquoise pendant quelques mois et ça a été une grande source de satisfaction. J'ai pu reprendre la zumba aussi. Je suis toujours végétarienne (mes tentatives de redevenir vegan se sont soldées à chaque fois par des crises de boulimie sur des aliments non végétaliens et au final de grosses rechutes anorexiques). Je songe à me faire poser un piercing au septum (pour tester j'ai un faux piercing depuis la semaine dernière), et sinon je songe de plus en plus sérieusement à me faire tatouer pour mes 28 ans (en décembre). Je m'intéresse toujours pas mal à tout ce qui concerne le féminisme, le végéta*isme, le mouvement body positive, la lutte pour les droits des personnes trans / queer - et des minorités en général. Je rêve toujours par moments d'un monde de bisounours, plus juste et moins cruel, même si ma tristesse et mon cynisme (?) me rattrapent souvent. 

Mardi 21 juin 2011 à 11:36

[ Ce n'est qu'un extrait, et je ne suis même pas à la moitié du livre, mais qui dira la perfection de ce chapitre ? ]

 
XIV

   Qui n'a pas éprouvé ce sentiment étrange de se retrouver en face d'une inconnue à un rendez-vous d'une femme passionnément aimée, dont on était tout entier occupé, mais qu'on connaissait encore à peine ? Il avait suffi d'un changement léger de la coiffure, d'une robe différente, ou de l'atmosphère d'un lieu public pour rendre méconnaissable celle qu'on croyait déjà à jamais fixée dans la mémoire. Qui n'a pas éprouvé ce désappointement ne sait rien du véritable amour.
   Aurélien l'éprouvait rien qu'à imaginer Bérénice, sans avoir besoin de la voir. Mais comme il n'avait jamais aimé, il ne savait pas que cette irritation devant l'image évoquée, l'insatisfaction qu'elle lui apportait, c'était autre chose que l'effet d'une observation distraite. Il ne rêvait pas ce pût être l'amour.
   Il se gourmandait d'être si mauvais à rétablir une physionomie, n'importe quelle physionomie. C'était soudain pour lui un dogme établi qu'il avait ce défaut. "C'est cela, - pensait-il, - je ne suis pas physionomiste." En réalité, il avait plusieurs instantanés de Bérénice, mais si divers qu'il n'arrivait pas à les concilier. Il ne lui semblait pas que ce fût la même femme. (...)
   Quelqu'un de plus prévenu, et de moins sûr de soi, aurait sans doute chassé tout de suite cette obsession de peur d'y tomber. Mais Aurélien n'y songeait même pas. Il ignorait qu'il pût y avoir un danger dans le mirage d'une femme. On le lui eût dit, qu'il se fût d'ailleurs entêté...
   Pour l'instant, ce n'était pas plus grave qu'un air qui vous poursuit, qu'on a essayé de chasser par toutes sortes de stratagèmes, et qui s'est montré plus fort. Alors, comme ça ne servait à rien de s'en chanter un autre (il dégénérait) ou de se raconter une histoire (elle tournait court), on s'est décidé une bonne fois pour toutes à s'abandonner à cette scie, à la laisser vous occuper la tête. Voilà qu'on ne l'en chasse plus, et qui pis est, qu'on n'en retrouve qu'une phrase et qu'on se met les méninges à l'envers, la répétant sans cesse, pour retrouver comme ça continue. (...)
   Peut-on dire de Bérénice qu'elle est jolie ? Il l'avait trouvée laide, d'abord. Il l'avait mal regardée. La question n'est pas qu'elle soit jolie. Elle est mieux que jolie. Elle est autre chose. Elle a un charme... Voilà ce qu'il y a... il retrouve bien les traits, mais pas le secret de leur charme... comme un mot qui échappe... on sait comment il est fait... à peu près... s'il a des r dedans... combien de syllabes... on lui trouve ou des rimes ou des équivalents... mais le vrai mot, le mot qui chante...
   Voilà ce qu'il y a : il ne retrouve pas ce qui chante en elle.
   Il est pourtant sûr qu'il y a quelque chose qui chante en elle. Quoi ? Ah dame ! Quelque chose qui chante comme son nom. Bérénice. Il se souvient d'avoir sur ce nom en toute innocence rêvé. Il l'avait mal vue alors. Il rêvait sur son nom sans vraiment penser à elle. Un nom qui fait rêver d'ailleurs. Mais elle est au delà de son nom. Son nom fait rêver à elle. Elle a effacé toutes les Bérénice possibles, il n'y a plus qu'une Bérénice possible, plus qu'une Bérénice, une seule Bérénice, elle... Il ne retrouve pas ce qui chante en elle, le cœur de son chant.
Avec une inquiétude croissante, il cherche où le chant a son cœur. Il cherche à se souvenir. Que faut-il se souvenir d'elle, avant tout, surtout ? Est-ce cette passante imaginaire, en costume tailleur ? Ou plutôt cette danseuse qu'il a tenue dans ses bras, cette danseuse légère, et ses bras se souviennent, et se désespèrent en même temps de ne pas se souvenir... Pour la première fois, il vient de sentir son absence. Il vient de sentir son absence dans ses bras.
   Mais est-ce bien là le chant de Bérénice ? Faut-il pour l'éprouver la tenir dans ses bras, comme n'importe quelle femme, ou son charme n'est-il pas ailleurs, dans sa gaîté, dans son silence, dans ses yeux fermés, dans ses yeux ouverts ? Tout à coup Aurélien retrouve l'émotion de cette main dans sa main, de cette main prisonnière, comme un oiseau qui frémit, et ce n'est pas l'oiseau qui est pris, c'est l'oiseleur.
   Il frotte la paume de sa main et s'étonne. Une brûlure. Une présence. Une absence. Les deux à la fois.
   Une chanson.

XV

   Non, non, non et non. Je ne suis pas amoureux. Tout ça, ce sont des histoires. Je m'en fiche. Naturellement, si on se laisse aller... A force... Mais je m'en fiche. Je n'y pense plus. C'est comme la peur... si on commence à se dire qu'on a peur... Prendre l'air me fera le plus grand bien."

Mardi 14 juin 2011 à 10:42

http://tereza.cowblog.fr/images/Films/lesensdelavie3.jpg
"  - Oh, je comprends maintenant pourquoi tu es venu t'enterrer ici, elle a murmuré. C'est parce que tu avais CE TRUC à écrire... !!
  J'ai rien répondu, je me suis contenté de sourire. En fait, c'était pas ce qu'elle croyait, je m'étais pas installé dans ce bled pour écrire, ça m'avait même pas effleuré. Non, ce que j'avais cherché, c'était un coin tranquille, plutôt ensoleillé et à l'abri des gens parce que le monde m'ennuyait, j'y pouvais rien. Ecrire était venu beaucoup plus tard, peut-être un an après et sans raison précise, comme si ce genre de choses vous tombait forcément sur la tête après quelques mois de solitude, pour peu qu'on garde encore le goût des nuits blanches et qu'on ait besoin de se sentir vivant."


"Quand je me suis extirpé du bar, je me suis senti nettement mieux. On était bien tous aussi fous les uns que les autres et la vie n'était qu'un tissu d'absurdités. Heureusement qu'il restait les bons moments, tout le monde sait de quoi je veux parler et rien qu'avec ça, la vie valait quand même la peine le coup, le reste avait pas la moindre importance. Dans le fond, n'importe quoi aurait pu arriver sans que ça fasse une grande différence, j'étais convaincu du caractère éphémère de toute chose et j'avais une demi-bouteille de tequila dans le nez et je voyais des palmiers dans les rues et le vent me traversait."


"On a remonté la rue silencieusement. Il arrive un moment où le silence, entre deux personnes, peut avoir la pureté d’un diamant et c’était le cas. (…) C’était le genre de balades qui pouvait remplir une vie, qui réduisait n’importe laquelle de vos ambitions à néant. Une balade électrique, je dirais, et capable de pousser un homme à avouer qu’il aime sa vie. Mais moi, j’avais pas besoin qu’on me pousse. Je marchais le nez en avant, je tenais la grande forme. J’ai même aperçu une étoile filante mais j’ai été incapable de faire un vœu, ou alors si, bon sang, oh si Seigneur, faites que le paradis soit à la hauteur et que ça ressemble un peu à ça. "


"- Tu sais, Eddie, j'ai enchaîné, elle court après quelque chose qui n'existe pas. Elle est comme un animal blessé, tu vois, et elle retombe toujours un peu plus bas. Je crois que le monde est trop petit pour elle, Eddie, je crois que tous les problèmes viennent de là...
  Il a lancé sa ligne plus loin qu'il ne l'avait jamais envoyée jusqu'à maintenant, il avait une espèce de grimace sur la bouche.
  - N'empêche qu'il doit bien y avoir quelque chose à faire... il a grogné.
  - Ouais, bien sûr, il faudrait qu'elle comprenne que le Bonheur existe pas, que le Paradis existe pas, qu'il y a rien à gagner ou à perdre et qu'on peut rien changer pour l'essentiel. Et si tu crois que le désespoir est tout ce qu'il te reste après ça, ben tu te goures une fois de plus, parce que le désespoir aussi est une illusion. Tout ce que tu peux faire, c'est te coucher le soir et te relever le matin, si possible avec le sourire aux lèvres, et tu peux penser ce que tu veux ça changera rien, ça va seulement compliquer les choses.
  Il a levé les yeux au ciel en secouant la tête :
  - Ma parole, je lui demande s'il y a un moyen pour la sortir de là et tout ce qu'il trouve à me dire, c'est qu'elle ferait mieux de se mettre une balle dans la tête... !!
  - Non, pas du tout, ce que je veux dire c'est que la vie c'est pas un stand de foire avec tout un tas de lots bidons à décrocher et si t'es assez dingue pour te mettre à miser, tu t'aperçois vite que la roue s'arrête jamais de tourner. Et c'est là que tu commences à souffrir. Se fixer des buts dans la vie, c'est s'entortiller dans des chaînes."


http://tereza.cowblog.fr/images/Films/lesensdelavie4.jpg

Lundi 30 mai 2011 à 22:59

http://tereza.cowblog.fr/images/imagesdunet/imgthing.jpgTu penses quoi, toi ?
Tu dis rien
!
Cet après-midi alors que j'étais seule je me suis mise à trembler et à faire les cent pas dans le salon, au bout d'un moment (30 secondes ? 2 minutes ?) je m'en suis rendue compte et j'ai arrêté.
Cette nuit j'ai rêvé. Mon frère et moi, il avait 4 ans et moi 10, on était en vacances d'été dans un camping dans le Sud mais on devait rentrer plus tôt que prévu à cause du travail de mon père. Je m'étais fait une amie là-bas, qui avait le visage de S. Je ne voulais pas partir, alors avec S. et mon frère on s'est caché dans les bois. On a vu la vieille caravane et les parents s'en aller sans nous, j'étais toute excitée (ça ne me ressemble pas du tout, je n'ai pas l'esprit d'aventure et n'aime pas faire des choses interdites, j'ai toujours été une fille obéissante, et c'était pire quand j'étais enfant). Je pensais qu'on pourrait passer plusieurs jours dans les bois mais la nuit Juju s'est mis à répéter qu'il avait peur des loups, et il s'est blessé au bras en tombant sur je-ne-sais-quoi, ça saignait beaucoup, on a eu peur, on a marché, marché, marché. Au matin on est arrivé sur une place de village. Le village s'appelait Poisson-la-joie, ou Poison-la-jolie, quelque chose comme ça, je ne sais plus. Il y avait plein d'enfants dans une église, et des vieilles dames habillées en bonnes soeurs. Je suis allée leur raconter que nous étions perdus et sans famille. Elles nous ont recueillis sans poser de questions, c'était un orphelinat. Mais mi-couvent mi-maison de correction, genre The Magdalene Sisters ou Les Diablesses. Des messes tous les jours à n'en plus finir, nous avions très froid, peu à manger, pas le droit de mettre les mains sous les couvertures la nuit (je crois que S. n'était plus avec nous, qu'elle nous avait abandonnés à l'orée du bois). Le pansement de Juju avait un aspect effrayant, comme s'il saignait toujours, comme si ça pourrissait, j'avais honte de ne pas avoir réussi à le protéger. On a tenu deux-trois jours, et puis j'ai pris mon courage à deux mains et je suis allée dans le bureau de la Mère Supérieure. Je lui ai dit que c'était une mauvaise blague pour ne pas rentrer de vacances, que nous n'étions pas orphelins, qu'elle devait me laisser téléphoner à nos parents pour qu'ils viennent nous chercher. Elle a ricané en me répondant que tous les enfants ici lui disaient ça, mais que ce n'était pas vrai, que nos parents étaient tous morts. Je crois que j'étais en train de réfléchir à un plan d'évasion quand ma mère m'a demandé si je dormais, sans aucune transition. J'ai répondu non, ou oui, et j'ai essayé de continuer mon rêve mais c'était trop tard.

http://tereza.cowblog.fr/images/imagesdunet/tumblrlcepu3mTPr1qzh6j3o1500.png

Lundi 30 mai 2011 à 11:43

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"Au cours de votre parcours scolaire, ou même dans vos cercles familiaux ou amicaux, on vous a parfois "obligé" à lire des livres. Parmi ces titres, quels sont ceux que, finalement, vous avez beaucoup appréciés ? (10 titres maximum)"


C'était le premier sondage littéraire sur SC*, j'ai trouvé ça intéressant alors j'ai participé (on s'en doute hein, sinon j'en parlerais pas). Le résultat et l'analyse de ce sondage sont ICI (avec le top 50 des livres-finalement-adorés et une comparaison entre le top 10 des hommes et celui des femmes qui sont un peu différents). Candide est le grand gagnant de ce sondage. Comme aucun livre de ma liste n'est dans le top 50 (il y en a quand même pas mal que j'ai lus et aimés dans le tas, mais soit je ne les ai pas étudiés (je suis trop jalouse de tous ceux qui ont étudié Le Portrait de Dorian Gray, l'Ecume des Jours, Antigone et La Nuit des Temps, sérieux !) soit je m'attendais à les aimer donc c'était pas une grande surprise), j'ai envie de l'exposer ici. J'ai eu du mal à m'en tenir à 10 alors j'ai surtout mis ceux que j'ai lus un peu à reculons, ou que je ne pensais pas aimer autant, ou ceux que je n'aurais probablement jamais connus s'ils n'avaient pas été au programme. Ah et l'ordre est à peu près chronologique.


Au pays du grand condor, de Nadèdja Garrel : le premier livre qui m'est venu à l'esprit quand j'ai vu ce sondage, je sais même plus si je l'ai étudié en sixième ou cinquième, mon souvenir est extrêmement flou mais certaines nouvelles m'ont vraiment marquée, je me souviens que celle avec l'anaconda m'avait fait cauchemarder. Je crois bien n'avoir jamais entendu parler de ce bouquin ni avant, ni après, il n'est même pas sur Bouquins, alors que cet article lui offre une minute de gloire !

Thérèse Raquin, d'Emile Zola : étudié en troisième (on a vu le film aussi, mais je ne m'en souviens pas), mon premier Zola, je ne connaissais l'auteur que de réputation et j'avais peur. La description de la morgue est sensationnelle et quand j'entends le prénom Camille je pense toujours aussitôt aux "bras débiles" du personnage qui porte ce nom (ou alors je pense aux Petites Filles Modèles mais c'est autre chose)

Les Justes, de Camus : étudié avec M. D. en première, je n'aimais pas M. D. alors j'avais un peu tendance à me méfier de ce qu'il nous proposait, mais là il a fait fort. Une pièce sur le thème du terrorisme géniale. Ma rencontre avec Camus.

Andromaque, de Racine : idem, une lecture imposée par M. D. Autant la lecture de Britannicus en seconde m'avait parue pas du tout évidente, autant Andromaque m'a transportée ! Lue plusieurs fois, vue au théâtre trois fois. Ma pièce de Racine favorite (même si j'ai pas lu tout Racine)

Le Loup des steppes, de Herman Hesse : lu en première année de fac à la demande d'un prof sosie de Boris Vian. J'aimerais vraiment le relire mais j'ai adoré, c'est de l'ordre de l'évidence. (me fait penser que j'ai toujours pas lu Demian, je vais remédier à cela cet été)

Le Jeu de l'envers, d'Antonio Tabucchi : merci Danielle de nous avoir fait lire ce recueil que je n'aurais peut-être jamais connu sans vous ! Je n'ai pas adoré toutes les nouvelles sur le coup, mais presque toutes ont laissé une trace, elles m'ont inspiré pas mal de rêves étranges, ont accentué mon goût pour le "décalage"... et surtout, dans ce recueil, il y a MA nouvelle, la parfaite Voix.

Les Vitamines du bonheur, de Raymond Carver : comme pour le Loup des Steppes, mon souvenir est vague mais j'avais adoré. A relire.

Voyage au bout de la nuit, de Céline : c'était pendant les vacances de Noël, j'avais une dissert' à faire dessus, je devais prendre plein de notes et j'avais peur que ça gâche ma lecture, en plus j'avais la flemme. Mais j'ai trouvé ça tellement beau, tellement fort, que finalement j'ai pris vraiment plaisir à disserter !

La Princesse de Clèves, de Madame de Lafayette : je l'avais déjà lu de mon propre chef au lycée et avais bien aimé mais sans plus. Mais l'étudier aussi longuement à la fac m'a vraiment atteinte au point d'en faire un de mes repères. J'ai un rapport ambivalent avec ce livre, j'ai beaucoup critiqué l'héroïne mais quand je réfléchis à l'amour, il y a toujours un moment où dans ma tête, j'ai le point de vue de la princesse de Clèves qui se ramène.

Othello, de Shakespeare : mon Shakespeare préféré pour le moment parce que Iago est le méchant sournois le plus doué du monde. (en plus je l'ai vu au théâtre et les actrices qui incarnaient Desdémone et Emilia étaient sublimes, ça joue aussi)

Et vous, quelle serait votre liste ?

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